vendredi 18 novembre 2016

Notre dossier: Trump, le 45e président / page 1 : Comment Donald Trump a remporté la Maison Blanche

Après examen des données électorales disponibles, il est clair que le succès du républicain est avant tout une défaite d’Hillary Clinton, renforcée par un système de grands électeurs particulièrement défavorable aux démocrates.


Huit jours après l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche, beaucoup de choses ont été dites et écrites sur les raisons de la victoire du milliardaire républicain : qu’il avait bénéficié d’un faible taux de participation, que les plus pauvres avaient voté massivement pour lui, que les Noirs ne s’étaient pas déplacés pour Hillary Clinton, etc. La plupart de ces analyses sont fausses ou imprécises. En réalité, après examen des données électorales disponibles, il apparaît que le succès de Donald Trump est avant tout une défaite d’Hillary Clinton, renforcée par un système (les grands électeurs par États) qui est particulièrement défavorable aux démocrates.
Pour parvenir à cette conclusion, nous nous sommes appuyés sur deux éléments. Tout d’abord, le décompte brut des bulletins de vote qui, bien que toujours pas définitif, ne change rien à la distribution des voix. Ensuite, la grande enquête de sortie des urnes effectuée par un consortium regroupant les grands médias américains (récapitulatif iciou ). Ce sondage n’est pas exempt de défauts, d’autant qu’il comporte une marge d’erreur de plus ou moins quatre points, ce qui n’est pas négligeable. Mais c’est ce qui existe de plus précis sur le comportement de l’électorat le jour du scrutin, et il n’y aura pas mieux.
La grande vérité de ce scrutin est la suivante : Hillary Clinton a bel et bien remporté le vote populaire avec environ 1,3 million de voix de plus que son rival (+1 % des votants), mais elle perd largement au niveau du collège électoral : 232 électeurs pour elle contre 308 pour Donald Trump. Comment expliquer ce revers qui a pris de court la quasi-totalité des sondeurs et des analystes politiques ?
  • Les électeurs démocrates se sont moins mobilisés
Résumée en une seule phrase, l’explication du scrutin repose sur un simple fait : Hillary Clinton a recueilli plusieurs millions de voix de moins que Barack Obama lors des élections de 2008 et 2012, alors que le nombre d’électeurs républicains n’a quasiment pas bougé. Cela dans un cadre où le taux de participation reste quasi identique (58,1 % contre 58,6 % en 2012, même s’il est plus faible qu’en 2008 où il pointait à 62,2 %).
© TC/Mediapart
On note bien, sur le graphique ci-dessus, la perte par la candidate démocrate de plus de trois millions de voix en quatre ans (et de sept millions en huit ans), alors que les voix républicaines restent stables. On remarque également un fait important : l’explosion du nombre d’électeurs qui ont choisi de porter leur voix sur un autre candidat que Clinton ou Trump, principalement le libertarien Gary Johnson (4,3 millions de voix), l’écologiste Jill Stein (1,3 million) ou encore le conservateur Evan McMullin, présent seulement dans l’Utah (0,5 million). Pour autant, sachant que de nombreux électeurs de droite ont choisi de voter Johnson pour ne pas soutenir Trump, et que Jill Stein avait déjà obtenu un demi-million de voix en 2012, ce ne sont pas ces candidats tiers qui contribuent à la chute du nombre de voix démocrates.
Afin d’affiner un peu plus cette désaffection démocrate, il faut regarder la carte suivante qui indique les comtés qui ont basculé d’un camp vers l’autre entre 2008 et 2012. Tout d’abord, on constate que les démocrates n’ont gagné qu’une poignée de comtés et que, pour l’essentiel, il s’agit de centres urbains. Autrement dit, les démocrates se renforcent dans les villes (une tendance déjà bien établie depuis deux décennies), mais aussi dans les grandes banlieues. Un des exemples le plus emblématique en est le comté d’Orange, dans la lointaine banlieue de Los Angeles, fief de Richard Nixon et de Ronald Reagan, qu’aucun démocrate n’avait emporté depuis 1936 !
Le revers, ce sont les pertes importantes des démocrates (tous les comtés en rouge sur la carte, qui ont basculé républicains) dans plusieurs dizaines de localités du nord du Midwest et de la Nouvelle-Angleterre. Ces comtés sont, pour l’essentiel, des bastions populaires, avec un taux de chômage plus élevé que la moyenne et souvent frappés par la désindustrialisation. Dans le Michigan, par exemple, qui comprend les bastions de l’industrie automobile que sont Detroit ou Flint, Donald Trump a fortement dynamiséla participation dans les zones rurales et les banlieues ouvrières alors, que, dans le même temps, la participation des démocrates diminuait dans ces fiefs qui sont les siens habituellement.
Comment les comtés américains ont basculé entre 2012 et 2016 : en bleu vers une majorité démocrate, en rouge vers une majorité républicaineComment les comtés américains ont basculé entre 2012 et 2016 : en bleu vers une majorité démocrate, en rouge vers une majorité républicaine
                                                                                       LA SUITE DE L'ARTICLE EN PAGE 2

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