- Le système du collège électoral a favorisé Trump
Même en attendant que tous les bulletins de vote soient comptabilisés (ceux, tardifs, provenant de l’étranger, des bases militaires et par correspondance), il est acquis qu’Hillary Clinton a remporté le vote populaire par environ 1,3 million de voix supplémentaires, selon les projections de David Leip. Soit une victoire plus nette que celles de John Kennedy en 1960, de Richard Nixon en 1972… ou d’Al Gore en 2000. Mais, comme ce dernier, elle perd le collège électoral.
Inventé par les « Pères fondateurs » des États-Unis afin de donner plus de poids aux zones rurales et aux États peu peuplés face aux villes et aux gros berceaux de population, ce système s’avère de plus en plus défavorable aux démocrates, très bien implantés dans les métropoles. La base de la répartition des grands électeurs par État est la suivante : il y en a un par nombre d’élus au Congrès. Sachant que chaque État élit deux sénateurs et un nombre de députés proportionnel à sa population, on aboutit à des inégalités de représentation. Par exemple, le Wyoming, 560 000 habitants, avec deux sénateurs et un député, dispose donc de trois grands électeurs. La Californie, 37 millions d’habitants, a deux sénateurs et 53 députés, pour un total de 55 grands électeurs. Ce qui aboutit au fait qu’un grand électeur californien représente 672 000 personnes, alors qu’un grand électeur du Wyoming en représente 186 000 !
En comparant les deux cartes suivantes, on voit bien la manière dont Donald Trump a bénéficié de cette inégalité de représentation. Sur la première carte, nous avons représenté le nombre de personnes par grand électeur, sur la seconde, le résultat du vote par État.
Un grand nombre d’États remportés par Trump sont des États qui bénéficient d’une « surreprésentation » dans le collège électoral au regard de leur faible population. Hillary Clinton, de son côté, remporte haut la main deux des trois États les plus peuplés du pays (Californie et New York, 57 millions d’habitants soit presque 20 % de la population des États-Unis), mais qui sont les plus désavantagés en matière de grands électeurs
Autre indication de ces deux cartes : on constate que la plupart des « swing states », les États “bascule” (Floride, Caroline du Nord, Ohio, Pennsylvanie, Colorado, Virginie, Michigan, Wisconsin, New Hampshire), ont été remportés par Trump avec une avance très faible, souvent même pas la majorité absolue. Mais, en vertu du système qui fait que le candidat arrivé en tête remporte tous les grands électeurs de l’État, Trump, qui devance Clinton de seulement quelques dizaines de milliers de voix en Pennsylvanie, en Floride ou dans le Michigan obtient un avantage considérable dans le collège électoral, alors que les victoires massives de la démocrate en Californie (2,9 millions de voix d’avance) ou à New York (1,5 million) ne lui permettent pas d’engranger davantage de grands électeurs…
Comme l’a résumé un rédacteur en chef du magazine The Atlantic dans un tweet : « Si ce n’était le collège électoral, l’histoire de cette élection serait : Trump est si impopulaire que Clinton l’a battu avec 3 millions de voix de moins qu’Obama en 2012… »
- Les failles de la candidature Clinton
Sans rentrer dans le débat politique sur la nature de la candidature d’Hillary Clinton (« trop centriste », « trop connue », « Bernie Sanders aurait fait mieux »…), l’examen de l’enquête électorale à la sortie des urnes permet de pointer ses faiblesses, notamment au regard des deux victoires de Barack Obama en 2008 et 2012.
Le vote des femmes
Déjà rapporté sur Mediapart, le vote des femmes a bénéficié à Hillary Clinton, mais pas dans des proportions aussi importantes que ce qui aurait pu être imaginé dans l’affrontement avec un candidat républicain ouvertement sexiste. L’écart du vote des femmes entre Clinton et Trump (12 %) est très important, mais il n’est pas beaucoup plus ample que lors des élections précédentes.
Le vote des Latinos
On aurait pu penser qu’en face d’un Donald Trump stigmatisant les populations mexicaines immigrées, promettant des déportations massives d’irréguliers et un mur à la frontière avec le Mexique, les Latinos se précipiteraient massivement dans les bras électoraux de Clinton. Il n’en a rien été et Trump a même recueilli un part plus importante du vote des Hispaniques que Mitt Romney quatre ans auparavant.
Le vote des jeunes
Comparativement à Barack Obama en 2008 et 2012, Clinton a recueilli un nombre moindre de voix chez les plus jeunes (18-29 ans). Ces derniers se sont légèrement reportés sur Trump, mais ils ont surtout choisi de soutenir de manière plus importante qu’auparavant un candidat tiers (8 %). La candidate démocrate n’a clairement pas séduit la nouvelle génération des « millennials ».
Le vote des plus pauvres
Historiquement le point fort des démocrates, le vote des personnes les plus démunies aux États-Unis s’est déporté de manière importante sur Donald Trump. Hillary Clinton perd ainsi 12 % des votes de ceux gagnant moins de 30 000 dollars par an par rapport au score d’Obama en 2008.
Le vote en fonction du niveau d’études
Si Hillary Clinton a maintenu le niveau des démocrates dans la catégorie des électeurs ayant effectué cinq années d’études supérieures, elle a vraiment décroché concernant les personnes ayant juste terminé le lycée sans poursuivre plus loin. Avec l’indicateur du vote des plus pauvres, celui-ci souligne nettement la rupture de la candidate démocrate avec les classes populaires.
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