C’est son ex-compagne qui l’a dénoncé. « C’est un barbu. Un extrémiste. » Selon elle, il « préparait quelque chose », et c’est après avoir vu des armes chez lui, à Lille, qu’elle a pris peur. Les policiers ont surveillé de près Lyes Daraniet son entourage. Et en effet, il s’est rendu à la frontière turco-syrienne, du 4 juillet au 10 août 2013, approximativement.
C’est au mois d’octobre qu’il a été interpellé. Il avait alors déménagé à Maubeuge. Entre-temps, les enquêteurs ont établi qu’il n’est pas le seul à être parti en Turquie, voire en Syrie, et aussi que certaines personnes de son entourage l’ont aidé, au moins matériellement. Pourtant, aucune arme n’a été retrouvée lors des perquisitions. Aucune preuve n’existe de son implication dans les combats ou les exercices en Syrie, pas plus que d’éventuels contacts avec des responsables de cellules jihadistes.
Alors, la magistrate échafaude une thèse toute simple, à partir des éléments recueillis par l’enquête. « Ils ont rencontré un certain Memeth à la mosquée de Roubaix, et c’est lui qui leur a lavé le cerveau, selon les propos de l’un d’eux. Ils sont partis à des dates proches, mais pas ensemble, afin de ne pas éveiller les soupçons. Ils se sont retrouvés là-bas, autour du même passeur. »
Ils ont rencontré un certain Memeth à la mosquée de Roubaix, et c’est lui qui leur a lavé le cerveau, selon les propos de l’un d’eux »
Certes, des écoutes téléphoniques prouvent que le groupe de la métropole lilloise s’est bien rendu en rangs dispersés à la frontière, mais après, c’est plus flou. Darani assure qu’il n’a fait là-bas qu’aider des réfugiés syriens. « Mais il est incapable de donner le nom de l’ONG pour laquelle il a travaillé, ni de donner l’emploi du temps de ses journées », fait remarquer la magistrate.
Quant aux armes, qu’il aurait eues après son retour : « Entre le moment où la police le contacte le 15 octobre à 6 heures du matin, et le moment où il se présente au commissariat, il se passe toute une journée durant laquelle il a le temps de cacher ses deux Kalachnikovs. » Et la procureure fait remarquer que les chiens de la police spécialisés dans la recherche d’armes ont « marqué » dans le domicile occupé par Darani, ainsi que dans la camionnette qu’il utilisait dans l’entreprise de pompes funèbres musulmanes qui l’employait.
« Les faits sont établis »
Pour elle, « les faits sont établis ». C’est ainsi qu’elle demande dix ans de prison contre Darani et des peines de quatre ou cinq ans pour ceux qui comparaissent avec lui, soupçonnés de l’avoir aidé. Mais il reste encore cinq autres jeunes de la métropole lilloise, partis à la même époque, tous issus de l’entourage de ceux-là, qui sont encore en Syrie, depuis 2013. Des écoutes téléphoniques aux domiciles de leurs parents semblent indiquer qu’ils y combattent, parfois dans des groupes opposés, et même que l’un d’eux, au moins, y serait mort. Un autre aurait même été inscrit sur une liste de volontaires pour « mourir en martyr ». Autrement dit, pour commettre un attentat.
En tout cas, une procédure est toujours ouverte contre eux. L’un d’eux, il y a quelques mois, disait à ses parents au téléphone : « Je n’ai aucune intention de rentrer, parce qu’en France, on me mettrait en prison tout de suite… »

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